ECONOMIE : Changement climatique: la politique énergétique suisse est sur la bonne voie

Date de parution: Vendredi 7 décembre 2007
Auteur: Valentin Crastan, auteur de l'ouvrage «Les Réseaux d'énergie électrique»

L'invité.


Une politique énergétique écologiquement bien fondée est plus que jamais nécessaire et l'appui de ceux qui inscrivent l'écologie sur leur gonfalon serait le bienvenu. Malheureusement, les propos des cercles de gauche et verts ne démontrent pas une très bonne compréhension des problèmes liés à la situation énergétique face au changement climatique. L'analyse suivante tente de pallier ce défaut.
Le problème principal du changement climatique est constitué par les émissions de CO2 provoquées mondialement à 45% par la production d'électricité des centrales à charbon, au mazout et au gaz naturel, le charbon se taillant la part du lion. Ce ne sont pas les centrales nucléaires, mais celles à charbon et au mazout (qui produisent mondialement 40% resp. 7% de l'électricité) que l'on devrait au plus vite remplacer par des installations exemptes d'émissions de CO2.
En Suisse, la production d'énergie électrique par énergie fossile est minime. Mais vu l'augmentation continue des besoins en électricité, chaque hiver un manque d'énergie se fait sentir. Et il se renforce d'année en année. Le compenser par des centrales à gaz ou par l'importation (lourde en CO2) de courant en provenance de l'Allemagne détériorera sensiblement notre bilan CO2. Croire que l'on pourra combler ce manque par des importations du nord d'énergie d'origine éolienne frôle la légèreté; tant pour des raisons techniques qu'économiques, compte tenu de la pénurie d'énergie électrique et des besoins croissants en Europe d'énergies sans CO2.
La demande mondiale en électricité doublera d'ici à 2030 malgré l'augmentation remarquable de l'efficacité d'utilisation. Les centrales à gaz (quote-part 20%), nucléaires (15%) et hydrauliques (16%) (voir graphique) pourront tout au plus maintenir leurs parts de marché, bien que cela semble très difficile à cause des réserves limitées de gaz naturel et d'uranium (avec les réacteurs nucléaires de la troisième génération) ainsi que du potentiel hydraulique tout aussi limité. Affirmer que la séparation et le stockage (séquestration) du CO2 seraient compatibles avec la protection de l'environnement n'est, pour l'instant, pas concluant, l'expérience manquant totalement. Les nouvelles énergies renouvelables (quote-part 2% de l'électricité), en particulier les énergies éolienne, solaire thermique et photovoltaïque (dont les potentiels sont très grands), ainsi que l'énergie géothermique peuvent et doivent donc contribuer à la protection du climat et être encouragées par des rétributions généreuses (tarif d'achat préférentiel) ainsi qu'à l'aide de taxes CO2. De plus, il est certainement utile que les forces du marché (échange des droits d'émission) contribuent à améliorer l'efficacité du secteur énergétique dans le tiers-monde.
La biomasse, en tant que ressource énergétique, est limitée et doit, en première ligne, être utilisée pour les secteurs chaleur et carburants, le couplage force chaleur pouvan
t néanmoins donner localement une contribution électrique non négligeable.





La Suisse et d'autres pays européens (la Suède, la Norvège, la France et l'Islande) ainsi que l'Amérique du Sud ont le grand avantage de disposer d'une économie électrique pratiquement sans CO2. Ils sont bien avisés de ne pas abandonner cette avance et de concentrer leurs efforts sur le renouvellement technologique des domaines chaleur et mobilité, dans le pays et à l'étranger. L'avance technologique permettra d'ouvrir de nouveaux marchés en employant, ici aussi, les échanges des droits d'émission (mais accompagnés d'un prix de CO2 plus élevé que l'actuel).
Il est d'abord essentiel de continuer à produire une électricité exempte de CO2, donc par les énergies hydraulique, nucléaire et renouvelable nouvelle, en quantités suffisantes pour permettre des substitutions dans les domaines de la chaleur et des carburants.
En Suisse, afin de conserver une économie électrique autonome, la puissance des centrales nucléaires doit être modérément augmentée et le photovoltaïque et les autres énergies renouvelables généreusement encouragées. L'efficacité, aussi importante qu'elle soit, ne peut pas résoudre à elle seule les problèmes pour les raisons qui suivent.
Dans le domaine de la chaleur (sans chaleur électrique, quote-part globale 33%, en Suisse 50%), le standard «minergie» et les collecteurs solaires ne suffisent pas pour la restructuration si l'on tient compte des anciens bâtiments. La pleine utilisation du bois et des déchets (cogénération) est primordiale. Mais aussi importante est la pompe à chaleur qui permet d'exploiter la chaleur ambiante et la géothermie. Sans électricité suffisante et exempte de CO2, ça ne marche pas.
En ce qui concerne les carburants (mondialement 22% des émissions de CO2, Suisse environ 45%), des progrès sont possibles à commencer par des voitures à basses émissions (réduction du CO2 par km roulé, technique hybride, biocarburants). A moyen terme, un changement de paradigme est nécessaire. Seul le moteur électrique hybride accompagné d'un moteur à combustion pour améliorer l'autonomie (éventuellement alimenté par des biocarburants) et plus tard, peut être, à piles à combustible répond vraiment aux exigences de la protection du climat. Des arguments économiques appuient ce point de vue. Aujourd'hui déjà, le carburant «courant à la prise» est, grâce au rendement très supérieur du moteur électrique, nettement meilleur marché que l'essence ou le diesel. Même le photovoltaïque peut soutenir la comparaison comme le montre un calcul fort simple. L'industrie automobile s'en apercevra tôt ou tard. Le changement présuppose une production d'énergie électrique suffisante et sans CO2.
Conclusions pour la Suisse? Nous sommes sur le bon chemin. En premier lieu grâce aux forces hydrauliques et à l'énergie nucléaire, nos émissions par unité du produit intérieur brut sont les plus basses du monde. En condamnant l'énergie nucléaire, nous rendons un mauvais service à l'environnement et à la protection du climat. Le PS et les Verts devraient mieux y réfléchir. Néanmoins, l'énergie nucléaire ne peut se développer, à moyen terme, que de façon très limitée. L'avenir de l'économie électrique sera donc fortement déterminé par l'énergie renouvelable nouvelle, surtout éolienne et photovoltaïque. Certains milieux industriels devraient y prêter plus attention.

Valentin Crastan est un ancien professeur de technique de l'énergie, auteur de l'ouvrage «Les Réseaux d'énergie électrique» (Hermes-Lavoisier).